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Du raffinage à la mode éthique

Du raffinage à la mode éthique

« Morgen ! »

Il est 9h et comme tous les matins, je descends à la station Mitte dans le centre de Berlin pour rejoindre les bureaux flambants neufs de Rosneft Deutschland GmbH, juxtaposant ceux de l’ambassade de Bavière sur la Behrenstrasse.

Oui, Rosneft, comme « Rasi » et « neft », « pétrole de Russie » littéralement, premier producteur de pétrole en Europe, notamment sous le feu des projecteurs depuis le début du conflit en Ukraine et à l’heure où j’écris ces lignes, placé sous tutelle par le gouvernement allemand.

Cela fait presque 5 ans que je me suis installé en Allemagne et presque 3 que je travaille pour le Gazprom du pétrole.

Mon rôle ? Faire le lien entre les équipes en raffinerie et le marché, en particulier en optimisant les flux logistiques.

A l’opposé d’autres majors pétrolières, Rosneft a fait le choix en 2017 d’investir dans des capacités de raffinage en Europe et cherche donc à recruter à Berlin pour démarrer ses activités. Comme bon nombre de mes collègues chez Total, je suis une cible privilégiée. Et comme bon nombre d’entre eux, je rejoins le groupe en septembre 2017 avec enthousiasme.

Les raisons sont nombreuses : excitation de rejoindre un nouveau projet, équipe internationale, secteur passionnant, curiosité d’évoluer dans un groupe russe et bien sûr, le poste et ses conditions très avantageuses. On en oublierait presque que le secteur pétrolier est si polluant. A part quelques blagues sur les présupposés contacts que la DGSE pourrait établir avec moi, mon entourage m’encourage dans cette belle évolution de carrière. J’y passe trois très belles années, (trop) loin des préoccupations environnementales.

Prise de conscience écologique & mal du pays

L’écologie n’est pas du tout un sujet tabou au bureau, bien au contraire. Certains expliquent qu’il n’y a pas d’alternative crédible à nos raffineries et certains ne se prononcent pas, ayant trop en tête les excellentes conditions de travail dont ils jouissent. Il y en a même qui ont conscience de massacrer la planète et se sentent schizophrènes en venant au bureau. J’ai fini par faire partie de la 3ièmecatégorie. Je ne me suis jamais blâmé pour mettre mes compétences à disposition d’un groupe pétrolier, mais beaucoup plus de ne pas les mettre pour des projets à impact.

Je commence alors à m’intéresser de plus en plus aux rapports du GIEC, à la Fresque du Climat et à tous les projets de sensibilisation sur l’urgence climatique ; de manière générale, je m’intéresse à toutes les conséquences désastreuses de nos activités humaines sur la planète, en particulier dans mon secteur de prédilection, le raffinage.

Cette prise de conscience s’accompagne d’une envie de retour en France, de construire quelque chose avec Sarah. Comment expliquerai-je à mes enfants dans 15 ans que Papa travaille en raffinerie en ayant conscience de tout ça ? Je comprends alors que quelque chose est cassé, qu’il est grand temps de quitter les sirènes du raffinage et d’essayer, enfin, d’avoir un impact positif sur mon environnement.

Consommation responsable & féminisme

Nous sommes en 2020, le covid est là, et j’ai la chance de me lancer dans une toute nouvelle aventure : promouvoir l’inclusion, la diversité et la santé mentale en entreprise. Quel rapport avec l’industrie pétrolière ? Aucun, et tant mieux ! J’apprends alors un nouveau métier dans un nouveau secteur et dans un nouveau pays, le mien. Mais surtout, chaque jour me conforte dans l’idée de m’investir davantage sur un sujet qui nous tient particulièrement à cœur, ma femme et moi, le féminisme. Les témoignages et les chiffres sont accablants et je prends doucement la mesure de l’ampleur du combat à mener. J’échange à longueur de journée avec des responsables Diversité & Inclusion, des salarié/es en RSE et en RH, j’écoute avec attention les actions en place pour réduire ce gap mais le compte n’y est pas, vraiment pas. Cette même société patriarcale qui détruit la planète et creuse les inégalités femmes-hommes, y aurait-il un lien ? Je découvre alors la notion d’écoféminisme et me passionne pour ces questions.

Mais comment me rendre utile ? Je me rapproche de quelques associations, je me questionne sur mon rôle et mes actions en tant qu’homme et surtout, je trouve un projet dans lequel m’investir à 100%, Sélène Provence, fondée par ma femme. L’engagement de départ est clair : promouvoir l’entrepreneuriat féminin dans la mode éthique et éco-responsable. Comment ? En offrant à nos créatrices le maximum de visibilité via notre plateforme, mais aussi en organisant des ateliers, des formations et des webinars pour aider les femmes à améliorer leur confiance en elle grâce à des role models inspirantes.

Est-ce que je m’imaginais travailler pour un groupe public russe en Allemagne quelques années après mon diplôme ? Evidemment pas. Est-ce que je m’imaginais quelques années plus tard travailler dans la mode éthique avec ma femme dans le sud de la France ? Probablement pas non plus.

Je suis simplement très heureux chaque matin d’encourager des femmes à entreprendre en prônant une consommation responsable dans la mode qui en a tant besoin. Et très heureux de pouvoir dire au petit Noah que Papa essaie, en toute humilité, de contribuer à un monde plus vivable pour nous tous.

Cédric

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