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Interview de créatrices

Rencontre avec Gabriela de Leonor Roversi – Liberté, Egalité et Sororité

Rencontre avec Gabriela de Leonor Roversi – Liberté, Egalité et Sororité

En ce 3 février matin, je rencontre Gabriela, la créatrice et fondatrice de la marque lyonnaise Leonor Roversi, dans sa boutique rue René Leynaud. L’objectif est de la rencontrer bien-sûr, de récupérer ses vêtements éco-responsables en vue de notre premier pop-up de mode éthique du 6 février à Marseille mais aussi d’en profiter pour l’interviewer et en savoir plus sur son parcours et quotidien d’entrepreneure.

Gabriela et son équipe m’accueillent avec le sourire (même derrière le masque) dans leur charmant magasin du Village des Créateurs, près du quartier de la Croix Rousse à Lyon. Je découvre avec joie ses jolies créations ainsi que sa décoration raffinée et engagée – notamment son joli cadre « Liberté, Egalité, Sororité » qui pourrait être le titre de cet entretien (et le devient, tiens).


On s’installe au milieu des collections de cette entrepreneure passionnée et l’interview démarre. Gabriela entame en me parlant de sa jeunesse. Elle est mexicaine et y a grandi. Ses parents sont entrepreneur.es tous les deux et elle a étudié le stylisme. A 15 ans, très précoce, elle lance sa première marque de bijoux qu’elle revend dans le magasin de sa maman. Quelques années plus tard, au Mexique toujours, elle ouvre un concept store avec son frère et ils revendent les créations d’artistes mexicain.es. Une histoire de famille dès le début.


Née dans une famille d’entrepreneur.es, Gabriela a toujours su qu’elle entreprendrait à son tour. En parallèle elle étudie l’art du luxe au Mexique puis s’envole pour la France où elle rejoint un master dans le domaine de la mode. 

C’est alors en France qu’elle rencontre son premier associé et ensemble ils créent rapidement une marque de prêt-à-porter masculin. L’aventure est enrichissante mais ne dure pas. Positive, Gabriela ne voit pas cela comme un échec mais comme un apprentissage qui l’aura finalement conduite à lancer une marque en adéquation totale avec ses valeurs en 2017 : Leonor Roversi, entreprise éco-responsable que nous vous présentons aujourd’hui.

Leonor Roversi. Nom curieux et original sachant que la créatrice s’appelle Gabriela – d’où lui vient-il ? Leonor Roversi est une femme inventée, rêvée. Le savoureux mélange de Leonor et Roversi, Leonora Carrington et Paolo Roversi.

Leonora Carrington est une peintre anglaise, née en 1917 dans une fratrie avec trois autres frères. Très jeune, Leonora ne comprend pas les différences de traitement entre elle et ses frères. Pendant qu’ils jouent et rigolent dehors, Leonora doit apprendre le piano, la cuisine et les bonnes manières en restant à l’intérieur. Son rêve est de devenir peintre mais son père n’est pas de cet avis. Leonora, féministe engagée (peut-être sans le savoir) rejette ce quotidien sexiste et quitte alors sa famille pour le Mexique où elle deviendra peintre et vivra, heureuse et libre, jusqu’en 2011. Toujours en quête d’égalité et de sens, Leonora est notamment l’un.e des membres fondateur.ices du Mouvement de Libération des Femmes (Women’s Liberation Movement ou WLM en anglais) dans les années 1970 au Mexique, un mouvement international féministe. Ce dernier correspond à la deuxième vague féministe du XXème siècle, le premier étant celui qui avait débuté au Royaume-Uni avec la revendication des suffragettes d’accéder au droit de vote en 1928. 

Pour Gabriela, qui a découvert Leonora dans la biographie éponyme écrite par Elena Poniatowska, cette artiste peintre incarne les valeurs de la marque qu’elle souhaite alors créer. Le féminisme et le lien avec le Mexique ne laissent pas Gabriela insensible et elle voit en Leonora une icône engagée qu’elle souhaite valoriser. 


Quant à Paolo Roversi, il s’agit d’un photographe italien né en 1947 et résidant actuellement à Paris. Il est notamment portraitiste et se dit aimer prendre l’âme des gens en photo. Il cherche à mettre en lumière la personnalité des femmes qu’il photographie, les valoriser. Il est notamment célèbre pour avoir capturé le regard de Kate Moss, les pommettes de Natalia Vodianova ou le sourire de Laëtitia Casta.

Les trois valeurs principales que Gabriela cherche à défendre avec sa marque Leonor Roversi sont l’empowerement des femmes, l’art et la multiculturalité. Entre une femme et un allié féministe, un photographe et une peintre, une anglaise-mexicaine et un anglais vivant à Paris, Gabriela venait de créer alors ce personnage inventé. Sa Leonor Roversi est un slogan, un cri, une évidence.

La marque est féministe et dans le dialogue. Gabriela cherche à éduquer et à proposer un combat global et inclusif que tout le monde peut rejoindre. Pour elle, l’objectif principal est de casser les codes sociaux qu’on nous impose dès l’enfance et qui nous placent dans les cases « homme » et « femme ». Pour Gabriela la liberté de choisir est primordiale et les rôles préétablis doivent cesser.

Dans cette quête, Gabriela lance d'ailleurs dès le mois de février 2021 sa première collection unisexe en prônant toujours des valeurs féministes et inclusives.


Sur le plan créatif, elle aime s’entourer d’artistes pour des collaborations même si elle a réalisé elle-même les premières illustrations de sa marque. Elle réalise de ce fait environ deux projets avec des artistes indépendants chaque année et en profite pour organiser un événement de lancement à chaque fois. Elle a par exemple mis en place une collaboration avec des femmes indigènes au Mexique et cela continuera après la crise sanitaire, dès qu’il sera de nouveau possible de se retrouver et d’organiser des événements. L’art reste primordial pour Gabriela et profondément ancré dans son ADN, elle compte d’ailleurs un directeur artistique graphiste dans son équipe à Lyon. 

La priorité pour Gabriela est de faire passer un message. Elle ne souhaite pas proposer des vêtements de prêt-à-porter dépourvus de sens et de valeurs. Ainsi chaque pièce Leonor Roversi comporte une phrase, une citation engagée, un portrait de femme célèbre ou imaginaire ou tout ça à la fois. Elle propose des tee-shirts, des sweats confortables – à capuche ou non – dans des teintes neutres (gris, blanc, noir, bordeaux, sable, rose pâle…) afin que chacun.e puisse s’approprier son vestiaire et porter fièrement ses engagements. Les valeurs et l’énergie transparaissent. Les coupes restent classiques et simple pour que tout le monde s’y retrouve.


Et l’éco-responsabilité dans tout ça ? Une évidence et une nécessité pour Gabriela. Les vêtements sont en coton biologique ou polyester recyclé, les impressions sont réalisées à Lyon avec des encres sans solvants et la créatrice travaille uniquement avec des ateliers où la traçabilité et complète et transparente. Quant à l’atelier qui coud les tee-shirts et les sweats, tout est réalisé au même endroit au Bangladesh : culture du coton biologique, filage, confection au même endroit pour éviter toute empreinte carbone. Le coton et sa récolte sont certifiés GOTS. Une crèche est installée dans l’atelier et beaucoup d’actions sont menées en faveur des travailleur.ses. Gabriela prône l’éco-responsabilité et me parle un moment de la traçabilité des matières. En effet, le coton est très compliqué à tracer de nos jours car acheter un tissu en France ne signifie pas que la chaîne de production en amont est respectueuse de l’environnement et des travailleur.ses. Pour la créatrice, dès la récolte de la matière première il est important que le travail soit bien fait et transparent ; le coton poussant en Asie, il lui semblait logique de collaborer avec une entreprise locale et certifiée.

Vient alors la question de l’entrepreneuriat en tant que femme. Gabriela me dit qu’elle se sent chanceuse d’avoir eu une mère entrepreneure et d’avoir pu observer son quotidien pendant de nombreuses années. Sa mère était active, forte, elle a même candidaté pour être maire de son village au Mexique ! Son père l’a toujours soutenue et Gabriela, contrairement à Leonora son modèle, n’a jamais eu à se poser la question : les femmes peuvent faire ce qu’elles veulent. Point. C’est ainsi qu’elle a été élevée et qu’elle a posé son premier regard sur le monde.


Gabriela a toujours foncé, confiante et déterminée. Je lui pose la question de l’investissement et en toute transparence elle me dit qu’elle a eu un capital de départ de 2.500€ pour le lancement de Leonor Roversi en 2017 (une bonne partie de ses économies !) et n’a jamais eu besoin de réinvestir, faire de levée de fonds ou de prêt bancaire. Un point que je me permets de souligner car nombre de femmes sont inquiètes d’entreprendre par peur de ne pas voir les fonds nécessaires mais vous qui nous lisez, sachez que vous pouvez démarrer avec peu en vous entourant des bonnes personnes et en vous formant sur les compétences appropriées.

Aujourd’hui, Gabriela est implantée au Village des Créateurs à Lyon où l’ambiance est bienveillante. Elle développe Leonor Roversi à sa manière, pas de manière exponentielle mais de façon pérenne et sereine. Et depuis 2017, ça fonctionne ! Elle n’a pas choisi la voie classique apprise en école de commerce où l’entrepreneuriat est souvent vu comme jalonné de levées de fonds et de business model bien huilés. L’entrepreneuriat n’est pas linéaire, tous les chemins mènent à Rome.


Gabriela a également pu apprendre avec sa première entreprise de prêt-à-porter créée à son arrivée en France et utilise souvent l’exemple de cette expérience pour parler de son apprentissage. Une fois de plus, l’entrepreneuriat n’est pas linéaire et il faut parfois tomber pour mieux se relever.



Aujourd’hui, Leonor Roversi se développe. Gabriela travaille avec 2 alternants, une stagiaire… Ce qu’elle préfère dans son métier ? La liberté ! 
L’étape actuelle n’est pas simple car elle a atteint un palier, un seuil. Pour se développer davantage elle doit embaucher de nouveau afin de pouvoir se concentrer sur la création car aujourd’hui ses journées sont surtout rythmées par l’administratif, le management, la gestion des ventes… Recruter lui permettrait de déléguer certaines missions qu’elle apprécie moins et se concentrer sur le stylisme et le développement de ses nouvelles collections et collaborations artistiques, ses passions premières.

Gabriela est de nature optimiste : elle pense qu’on peut tout apprendre et que rien n’est impossible. L’écouter est une véritable bouffée d’air frais et je vous le dis, on en sort requinquée et plus déterminée que jamais (merci Gabriela !). Elle a un fort esprit entrepreneurial : pour elle tout s’apprend avec un tutoriel en ligne. C’est ainsi qu’elle a par exemple appris à créer son site sur Wordpress initialement.



Ce qu’elle aime moins dans son métier ? L’impression que ses journées sont trop courtes. Chaque soir, elle n’est pas contente car sa to-do-list n’est pas terminée, elle n’a pas tout coché et se déçoit elle-même. L’idée ancrée chez les entrepreneur.es qu’on peut toujours faire plus est bien présente chez la créatrice. A ce stade de l’entretien, je me reconnais à 100% dans ce portrait dressé par Gabriela. Il est si difficile de s’affranchir du diktat de la performance, du « toujours plus », de la quête infinie de la fin de sa to-do-list.

Heureusement Gabriela a maintenant acquis une certaine expérience dans l’entrepreneuriat et réussit à prendre du recul sur la situation. Elle me partage d’ailleurs ses conseils. 



Le premier : se fixer des limites et se mettre des horaires. En tant qu’entrepreneur.e, tu peux toujours faire plus mais pour garder un équilibre sain, il faut s’imposer un rythme. Si l’heure de fin est 19h, après cela il faut s’empêcher de toucher à ses mails et ses projets – la suite pour demain.

Le deuxième : ne pas tout faire de chez nous. Les confinements et la situation actuelle nous auront tous permis de goûter au télétravail (pour une plus ou moins longue durée) mais pour les entrepreneur.es c’est une expérience déjà quotidienne. Gabriela conseille de varier les lieux de travail : son domicile, un espace de co-working… Ce n’est pas simple avec la période actuelle mais en temps normal, changer de cadre est primordial.

Le troisième : faire du sport. Elle n’était pas du tout sportive et depuis quatre mois, elle court à raison de deux ou trois fois par semaine et elle se libère ainsi, elle se défoule. Cela permet aussi de couper du travail. Gabriela aime écouter des podcasts quand elle court qui la nourrisse, elle y puise une partie de sa créativité et son inspiration. Pensez à inscrire votre sport sur votre to-do-list si cela vous aide.

Le quatrième : se féliciter et se récompenser. L’entrepreneur.e n’est pas récompensé.e et est souvent seul.e. A la fin de la journée, ce sentiment de culpabilité que Gabriela éprouve de ne pas avoir fait plus, ne pas avoir fait mieux est peut-être lié à la reconnaissance de son travail. Elle conseille donc de s’auto-féliciter et de ne pas minimiser les étapes franchies chaque jour. Elle voit également le sport comme un moyen de se féliciter.


Sarah, co-fondatrice de Sélène Provence, en pleine séance d'essayages

Alors que Gabriela m’évoque ses techniques pour se sentir mieux à la fin de ses journées d’entrepreneure, je lui demande des conseils sur les podcasts qu’elle écoute. Une vraie mine d’or qui peut aussi vous intéresser ! Gabriela recommande : 

  • « Les couilles sur la table », podcast féministe, inclusif et engagé – pile la bonne durée selon elle
  • « Génération XX » sur l’entrepreneuriat féminin, des portraits de femmes entrepreneures et inspirantes sont mis en avant
  • « La Poudre », un podcast féministe mettant en avant notamment des écrivain.es et musicienn.es
  • « La Leçon » sur des échecs, souvent en entrepreneuriat, et comment s’en relever

Des constantes dans les écoutes de Gabriela : le féminisme et l’entrepreneuriat. J’ai noté certains sujets de ces podcasts à écouter prochainement, j’ai hâte.

Pour en revenir à la marque Leonor Roversi, Gabriela essaie à chaque fois de faire passer un message, de raconter une histoire. Elle a par exemple créé sa collection les Reines (Las Reinas) en inventant des reines multiculturelles, fortes et engagées. Elle cherche à varier les langues dans ces messages (l’espagnol, le français, l’anglais…), les mythologies, les croyances, les origines pour inclure tout un chacun.

Sa prochaine collection quant à elle sera unisexe pour prôner l’égalité, l’ouverture d’esprit et l’amour de soi et de l’autre. 



Certain.es peuvent penser que nous n’avons plus besoin de féminisme nous dit Gabriela, mais c’est faux. Certains codes sont encore ancrés en nous, insidieux dès l’enfance. C’est contre cela que Gabriela se bat : contre les jouets et jeux genrés, les messages que l’on fait passer à une jeune fille versus ceux que l’on transmet à un jeune garçon. Pour Gabriela, le dialogue est la clé.
Elle aimerait encourager les femmes à entreprendre, trop d’entre elles – d’entre nous – se découragent encore, contrairement à nos miroirs masculins.

Je pourrais rester encore des heures avec Gabriela à parler d’engagement, de role model, d’art, de féminisme, de durabilité de la mode et des jolis mots choisis sur ses vêtements – mais c’est l’heure de passer aux essayages. Un selfie ensemble, quelques photos de mes tenues et c’est déjà le moment de partir.

Les vêtements de Gabriela sont doux, agréables à porter et je le confirme me donnent l’impression de me sentir accompagnée par les femmes qui ont marqué notre histoire et que Gabriela met en lumière.

Merci Gabriela pour cet échange passionné et passionnant ! Je m’empresse d’écouter certains podcasts et de votre côté je vous invite à découvrir la collection de Gabriela sur notre site : ensemble on va plus loin.

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