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Interview de créatrices

Danielle, créatrice de Danielle Engel : "Etre créatrice c'est prendre la parole publiquement et changer les choses"

Danielle, créatrice de Danielle Engel : "Etre créatrice c'est prendre la parole publiquement et changer les choses"

Depuis le lancement de Sélène Provence, nous avons à coeur de partir à la rencontre de nos créatrices partenaires et découvrir leur univers, en savoir plus sur leur parcours et leur quotidien d’entrepreneures.

Pour cette nouvelle rencontre, Sarah – notre co-fondatrice - a pu échanger avec Danielle Engel, créatrice de sa marque éponyme. Pour une fois, le rendez-vous est téléphonique – Danielle étant à Montpellier et Sarah à Aix-en-Provence mais l’échange n’en est pas moins passionnant ! Cet article a donc été rédigé par Sarah pour retracer cet entretien.

Les débuts de Danielle

Comme à son habitude, Danielle est très chaleureuse. J’avais déjà pu la rencontrer à Paris fin janvier pour préparer notre premier pop-up de mode éthique à Marseille – et à chaque fois on a le sentiment de retrouver une amie.

Française d’origine togolaise, Danielle s’est installée à Paris pour ses études puis a déménagé à Montpellier lors de sa rencontre avec Guy, son conjoint.

Dès son enfance au Togo, Danielle baigne dans la mode : sa mère récolte du coton, sa tante tisse les tissus traditionnels africains… C’est en voyant sa mère apporter ses précieuses fleurs à sa tante que Danielle comprend le pouvoir du coton transformé en tissu, puis en vêtements. Le lien devient logique.

Danielle ne s’intéresse pas aux cours au Togo, elle s’ennuie et a besoin d’une activité créative. Seuls deux choix semblent s’offrir à Danielle après l’école : coiffeuse ou couturière. Danielle choisit la couture et suit une première formation au Togo avant de rejoindre l’Europe, son rêve, et plus particulièrement la France où elle démarre avec une entreprise de réparations et retouches qui marche fort. Sa clientèle est fidèle, Danielle gagne bien sa vie et est douée dans son métier. Soudainement, elle perd son frère, resté au Togo – son monde s’effondre. Elle perd le goût de son métier mais Guy la motive et l’encourage à s’orienter vers un univers qui la fait davantage vibrer pour remonter la pente.

Après quelques années en France, Danielle reprend alors ses études et suit une formation à la prestigieuse Chambre Syndicale de Haut Couture de Paris. Danielle mentionne avec émotion que « la formation et la création l’ont sauvée ». Elle ne pensait pas qu’une telle école était accessible et s’empêchait d’y croire avant d’y entrer. En y étant, Danielle se rend compte qu’elle est formée à « rêver et faire rêver les gens », comme elle le dit si bien. Pendant son cursus elle ne sait pas encore vers quoi s’orienter à la fin de ses études mais ses camarades et ses professeur.es l’encouragent dans ses projets.

En 2014, un an après la fin de son parcours à la Chambre Syndicale, Danielle crée sa marque éponyme Danielle Engel. Ses études l’orientaient davantage vers le sur mesure, le luxe, mais le temps pour coudre une pièce est alors infini – Danielle – créative et déterminée – préfère lancer sa propre collection.

Chemise Lizzie rouge                                                                 Chemise Warren   
et Pantalon jean Meloy blanc

Les débuts de la marque Danielle Engel

Le rêve devient réalité lorsque Danielle fonde sa marque. C’est seulement alors qu’elle se rend compte de la concurrence dans le milieu et de la difficulté à se faire une place. Danielle garde pendant trois ans la main sur son entreprise initiale de réparations et retouches, ne pouvant se rémunérer avec ses collections de vêtements. Deux entreprises à gérer, ce sont aussi des petites nuits, peu de sommeil.
La concurrence ne l’empêche pas de se donner à 100%. La créativité est son moteur, la difficulté sa motivation. Les trois premières années restent difficiles, surtout pour se faire connaître.

Au bout de trois ans de ventes en ligne uniquement, Danielle ouvre sa boutique à Montpellier et Guy arrête son activité d’ingénieur commercial pour se consacrer au développement de sa marque.


Le développement de Danielle Engel : communication et défilés

 Pour se faire connaître, Danielle a recours aux défilés à chaque lancement de collection. Un moyen de communiquer sur ses créations mais aussi de prouver qu’il ne s’agit pas de plagiat d’une autre marque. Pour elle, un défilé lors de la Fashion Week, c’est comme le baptême d’un nouveau-né. Malgré sa décontraction, Danielle n’aime pas être sur le devant de la scène – les défilés sont les seules occasions où elle ose s’affirmer et montrer qui elle est.

Danielle me parle alors avec émotion d’Elodie qui a défilé pour Danielle Engel pendant six ans, avant de rejoindre l’équipe en septembre 2020 tant l’entente était parfaite entre les deux femmes ! Aujourd’hui Elodie gère les réseaux sociaux et la communication digitale de la marque.

Pour Danielle, être créatrice c’est prendre la parole publiquement même sans montrer son visage – seulement ses modèles. « On a la chance de changer les choses, d’apporter du nouveau, d’améliorer ce que les autres ont fait en ajoutant une touche personnelle ».

Danielle cherche à valoriser l’être humain, à créer de l’emploi pour les jeunes qui ont confiance en elles. Danielle cherche à faire vivre à d’autres le rêve qu’elle a eu la chance de vivre.

Aujourd’hui, la prochaine étape est de confier une partie de sa communication – notamment les publicités en ligne – à des professionnel.les pour se faire davantage connaître. Une attachée de presse cherche également à mettre en avant la marque auprès des médias influents.

Blouse Nawel et Short Jess                                                                       Blouse Leslie


Le « made in France », une volonté forte

Aujourd’hui, les vêtements Danielle Engel sont fabriqués à 100% en France : un choix engagé de la créatrice mais il n’en a pas toujours été ainsi.

Sa première collection en 2014 a été réalisée en Bulgarie et en Pologne. A l’époque, la mode éco-responsable en est à ses balbutiements en France. Danielle rencontre alors la blogueuse Annabelle de Mademoiselle Coccinelle - elle est la première à lui parler de mode responsable et à lui partager sa vision. Danielle étudie la situation et assez rapidement elle prend conscience de l’urgence de la situation.

Alors que plusieurs marques autour d’elle démarrent leur fabrication en France puis s’exportent dès que les quantités grandissent, Danielle fait l’inverse et revient en France pour produire ses collections. Elle réalise alors le temps de transport et la pollution causée mais aussi l’urgence de re-créer des emplois dans sa région du sud – c’est d’ailleurs principalement cette deuxième raison qui la pousse à agir.

Comment sont fabriqués les vêtements Danielle Engel

Tous les prototypes sont cousus par Danielle elle-même puis la fabrication est confiée à des petits ateliers du sud de la France d’abord, puis parisiens. Danielle espère que le savoir-faire français ne se perdra pas, que le rayonnement international de nos compétences si rares ne viendra pas à disparaître.

Si les grandes maisons ne prennent pas la décision d’agir, c’est aux jeunes créatrices de le faire et de se démener pour valoriser la France sur la scène internationale. Pour Danielle, il s’agit de notre héritage mais aussi celui de nos enfants et tout le monde doit s’y mettre.

Tout commence par la réalisation d’une toile puis le premier prototype – qui doit être conforme au patron. Danielle fait ensuite produire par un atelier qui considère sa production comme une « collection », ce qui signifie dans le langage technique que sa commande est bien plus basse que les autres mais Danielle lutte contre la surproduction et cherche à bannir les stocks. Chaque pièce lui coûte donc plus cher que si elle produisait davantage mais Danielle s’en tient à ses valeurs.


Robe Chloé                                                                                                  Blouse Célestine 

Les inspirations de Danielle pour la création

Tout l’inspire : des lieux, des personnes qui l’entourent, un regard, un sourire. Au final, c’est toujours l’humain qui l’inspire.

Les humains dans l’art aussi – comme les femmes dans les films qui la passionnent. Elle observe leurs robes, leur manière de bouger, elle prend des notes.

Elle aime raconter l’histoire d’une personne au travers d’un vêtement.

Parfois, sans pouvoir l’expliquer, des rencontres la bouleversent – comme celle de Jane Birkin qui voyageait par hasard à côté d’elle. Aux yeux de Danielle, Jane était d’une élégance folle : un pantalon en velours côtelé très classe, qui a marqué durablement Danielle et son œil de créatrice. Dès que Danielle est arrivée chez elle, elle a dessiné un croquis et plusieurs années après, le croquis est devenu vêtement. La jupe Jane de sa collection, c’est aussi un clin d’œil à Jane Birkin.

Pour Danielle, voir des artistes en vrai, c’est très touchant.


Le quotidien de Danielle : une journée à ses côtés

Danielle est très matinale. Sa première mission est de se pencher sur la communication avec Elodie : elles préparent le planning ensemble puis elle laisse Elodie agir – elle lui fait entièrement confiance. Ensuite, Danielle file à l’atelier et travaille sur ses collections le matin. Elle essaie depuis plusieurs mois de déléguer un maximum de tâches à son équipe ou en externe pour pouvoir se concentrer sur la partie créative de la création. L’après-midi est consacrée aux autres missions de cette créatrice d’entreprise passionnée.

En 2021, Danielle a une charge de travail supplémentaire car toute l’équipe emménage bientôt dans de nouveaux locaux : les premiers au bout de six ans d’existence ! Danielle envisage également le recrutement d’une assistante en création pour ne plus s’occuper de la partie artistique seule. Comme Danielle aime le dire, avec elle il faut toujours être prêt.e à des changements : ses idées fusent !

Chemise Lizzie                                                                                       Chemise Warren

Les conseils de Danielle aux futures entrepreneur.es

Danielle a toujours apprécié les échanges avec les jeunes créatrices ou créateurs qui viennent la voir pour lui demander des conseils. Elle leur suggère notamment de ne pas faire la même erreur qu’elle : ne pas lancer une marque sans expérience chez une autre marque d’abord. Elle a déjà travaillé en tant que vendeuse – mais jamais en interne pour une autre entreprise de prêt à porter. Elle avait eu une offre pour une belle maison de couture, qu’elle a décliné pour lancer sa marque – ce qu’elle regrette aujourd’hui car elle aurait aimé avoir plus d’expérience.

A part ce conseil lié à son expérience personnel, Danielle recommande à chacun.e de faire comme il/elle le sent.

La première qualité à avoir est le goût du travail. Il ne faut pas penser que le chemin sera toujours rose : il y aura des difficultés, des doutes, de la fatigue – mais il faut continuer de croire en ses rêves, ne pas baisser les bras et surtout être bien entouré.e.

Au niveau de la communication, ça n’était pas sa compétence principale en se lançant et surtout elle n’imaginait pas une seule seconde que ça aurait autant d’importance pour le développement de sa marque. Les réseaux sociaux sont primordiaux mais il faut éviter de se disperser sur toutes les plateformes en même temps. Il faut cibler sa clientèle, savoir où sont ses client.es et communiquer avec eux sur leurs réseaux de prédilection.


Un peu de voyance : où serait Danielle Engel dans 5 ans ?

Danielle a beaucoup d’ambition et a toujours travaillé dur. D’ici cinq ans, elle aimerait avoir plusieurs revendeurs en France et se faire connaître à l’international mais toujours avec son ADN made in France et éco-responsable. Elle aimerait développer davantage l’emploi dans le sud, dans le bassin de Montpellier. Elle espère être toujours à l’écoute des jeunes qui créent leur marque pour les aider.


Le mot de la fin

Danielle est fière de voir que l’Occitanie est la première région française en termes de pourcentage des femmes portant au moins un vêtement éthique (50%) et espère voir ce chiffre grimper dans les prochaines années. Pour Danielle, c’est aux marques de faire naître le désir chez les client.es, tout en restant les plus claires et transparentes possibles.

Un grand merci à Danielle pour son temps, ses conseils, ses retours d’expérience. Danielle est assurément une femme inspirante, un modèle pour beaucoup et nous sommes fières de travailler à ses côtés et vous proposer de découvrir ses collections sur Sélène Provence.

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